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Projet

Au terme d’une analyse préliminaire des entretiens réalisés dans le premier volet et des constats de FAQ dans ses travaux, nous observons qu’une approche de survictimisation des femmes autochtones dominerait tant dans la littérature que dans les recherches. Celles-ci se concentrent en effet surtout sur les violences et obstacles auxquels elles font face tout au long de leur vie (Bourque, Jaccoud et Gabriel, 2009 ; Joncas, 2018). Sans négliger ou nier les violences et obstacles qu’expérimentent plusieurs femmes autochtones à travers les différentes étapes de leur vie (Pilote et Hübner, 2019), FAQ soutient que cette approche peut avoir des effets dévastateurs chez les femmes et les filles autochtones en les cantonnant dans des stéréotypes victimisants et réducteurs. La démarche que poursuit l’équipe de recherche s’inscrit donc dans une perspective qui reconnait l’agencéité (le pouvoir d’agir) et le leadership des femmes autochtones sur le territoire.  Les études (Basile, 2017 ; Basile, Asselin et Martin, 2017 ; Tuhiwai Smith, 1999; 2003) ont déjà bien documenté que les femmes autochtones ont, dans la suite des politiques coloniales au Canada comme ailleurs, été exclues des sphères de prise de décision, des espaces de participation politique et que leurs rôles, leurs responsabilités et leurs connaissances ont été écartés et dénigrés par le milieu de la recherche et les instances de gouvernance étatiques et communautaires. C’est pourquoi ce projet s’intéresse plutôt aux initiatives des femmes autochtones sur le territoire pour faire respecter leurs droits et accroître leur participation citoyenne. L’exclusion et l’invisibilisation des femmes autochtones sont des outils du colonialisme qui perdurent jusqu’à aujourd’hui. Elles participent au renforcement d’un narratif négatif et d’une représentation des femmes autochtones en tant que « victimes » et de « vaincues », ainsi qu’à leur vulnérabilisation et à leur effacement (Vergès, 2019). Or, comme le souligne Cunningham (2018), le Québec et le Canada se doivent de faire l’examen de leur histoire coloniale et de soutenir les initiatives prenant acte des impacts de cette histoire dans les communautés et dans la société québécoise. Ce qui nous amène à nous inscrire dans une perspective théorique féministe intersectionnelle et décoloniale (Vergès, 2019).  

Ce chantier appréhende le principe de participation citoyenne des femmes autochtones à partir d’une approche basée sur les droits humains et, plus spécifiquement sur les droits des femmes autochtones qui sont reconnus dans les instruments internationaux, comme la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Il s’agit, en effet, de concevoir, d’une part, les producteurs de normes (ex. : État-législateur et Conseils de bande) comme les dépositaires d’obligations à l’égard du respect des droits de participation des femmes autochtones et, d’autres part, de concevoir les femmes autochtones comme des agentes actives capables de participer et de faire valoir leur droit à la participation. Autrement dit, il s’agit ici de s’écarter de l’approche de l’État-bienfaiteur. Cette approche est aussi pertinente pour permettre un dialogue informé, par les acteurs concernés, sur les relations politiques intracommunautaires de manière à, parallèlement, renforcer le droit à l’autodétermination de ces nations dont font partie les femmes qui, toutefois, expérimentent des réalités sociales singulières auxquels correspondent des besoins tout aussi singuliers (formations, réseaux, autres outils) en matière de participation citoyenne (Kuokkanen, 2012; Doel-Mackaway, 2022). Si le rôle des femmes dans la gouvernance a déjà été documenté, leur conception de la participation et de son exercice sont peu documentés. 

Ces résultats nous amènent donc au constat qu’il est nécessaire de s’intéresser et d’étudier davantage et de manière spécifique la participation citoyenne des femmes autochtones. 

Plus particulièrement, les retombées prévues du projet sont : 
1. Production de nouvelles connaissances sur le droit à la participation et son exercice par les femmes autochtones au Québec  

2. Meilleure connaissance des leviers et obstacles multidimensionnels pour le respect des droits et la participation des femmes autochtones au Québec;

3. Renforcement des capacités en leadership et gouvernance des femmes autochtones et de leurs nations respectives;

4. Création d’outils et d’espaces de sensibilisation, de réseautage et de solidarité permettant de soutenir la participation des femmes et des filles autochtones, élues et non élues, à l’élaboration des normes par les différentes nations autochtones.   

Ce contenu a été mis à jour le 19 décembre 2024 à 3h44.